Dimanche 18 avril 2010
7
18
/04
/Avr
/2010
11:39
« Ma vie c'était les machines, le boucan de l'usine, mes copains qui sont partis, licenciés eux aussi, et le seul bruit qu'on entend, c'est la mélodie du vent qui souffle sur la
ville, qui tourne sur Belfast Mill. » (Renaud, Molly Malone)
Mon objectif étant d’avoir visité toutes les capitales du globe avant d’atteindre mes 41 ans, je me devais de passer par Belfast avant la fin de mon année Erasmus.

C’est donc tout naturellement que j’ai accepté la proposition de collègues français : partir en voiture de bonne heure le samedi matin, faire un tour à Belfast, dormir sur place et
visiter la côte toute la journée du lendemain.
Capitale de l’Irlande du Nord, Belfast est une ville qui a souffert, tiraillée entre ses sentiments nationalistes, l’occupation britannique et la guerre que se menait catholiques et
protestants. Alors que l’armée républicaine irlandaise (IRA) l’a défigurée à coups d’attentats, les britanniques se la sont appropriée. Il n’empêche que Belfast est une jolie ville juchée au bord
de falaises paradisiaques et qu’il serait dommage de ne pas y faire un tour.
Mère-patrie du célèbre Titanic, Belfast fut l’unique ville irlandaise gagnée par la révolution industrielle. On peut aujourd’hui y retrouver une ceinture industrielle qui entoure la ville
et de multiples chantiers navals dont celui du paquebot susnommé. Une fois arrivé et installé à Belfast, nous sommes allés faire un petit tour du côté du City Hall qui était étonnamment cerclé
d’une immense foule. Chanceux comme nous sommes, nous débarquons en ville le jour où Red Bull décide de présenter sa Formule 1. Génial. Heureusement, cela ne compromit pas notre visite qui, soit
dit en passant, fut très courte.


Le Guide du routard conseillait également la visite du Grand Opera House, bâtiment de la fin de l’ère victorienne qui pâtit des attentats à la bombe de l’Europa Hotel dans les années 80.
Nous avons réussi à trouver une porte qui laissait un libre accès à la scène et aux sièges. Ce théâtre n’est pas sans rappeler l’intérieur de la cigale à Paris ou la façade des Célestins à Lyon.
Et dire que cette magnifique salle accueille régulièrement les pires représentants de la house music et du néo-métal…

Nous avions également entendu parler d’une exposition photo « Belfast exposed » réunissant des milliers de clichés du Belfast des années 60 à 80 en noir et blanc. Vivement
intéressés, c’est tout naturellement que nous nous y sommes dirigés en premier lieu. En arrivant là-bas, une dame nous explique avec le pire accent texan de la terre que le musée n’en est encore
qu’au rang de projet et que peu de choses sont encore faites à ce jour. C’est pourquoi seuls deux vidéo projecteurs diffusaient à une vitesse trop rapide pour mon iris des centaines de clichés
par seconde…


Déçus, nous nous sommes rabattus sur le centre névralgique de la capitale : la rue commerçante. De nombreuses boutiques vintage sont abritées par les vieux bâtiments en rénovation.
Des jeunes tecktoniks en retard de 3 ans continuent à se lancer des défis sur les places publiques jusqu’à ce que fatigue s’ensuive.

Le soir, nous décidons d’aller voir la finale du tournoi de rugby RBS 6 nations France – Angleterre. La victoire obtenue, nous ne faisons pas long feu histoire de ne pas attiser la haine
des quelques pro-anglais du coin… Décidément, la France du sport aura donné du fil à retordre à ses expatriés !
Le lendemain, cap sur la côte, direction la chaussée des géants. En chemin, nous faisons escale sur des plages et falaises abandonnées au milieu de nulle part. Ciel bleu, mouettes, herbe
verte, mer excitée, tous les éléments sont réunis pour tomber amoureux de ce petit coin de paradis. Contre toute attente, la chaussée des géants nous a moins impressionnés. Devenue un complexe
touristique où chaque jour des dizaines de cars de touristes font escale, le bord de mer est envahi d’indigènes à longs objectifs. Nous avons eu droit au débarquement portugais. La chaussée des
géants est l’objet de moult légendes. La plus connue d’entre elles est celle du géant Finn MacCool qui aurait créé cette chaussée pour rejoindre sa bien-aimée vivant dans une île au large. Les
scientifiques ont, eux, une version complètement différente. La « giant’s causeway » serait le résultat de plusieurs éruptions volcaniques et de l’ère glaciaire. Chacun sa version des
faits…



Au retour, nous décidons de visiter l’université de Belfast, impressionnant bâtiment tout de briques rouges vêtu. Même le Trinity College de Dublin ne l’égale pas ! Le jardin
botanique étant fermé, nous nous rabattons sur le Burger King puis sur l’ancien ghetto catholique. Depuis le début du conflit en 1968, catholiques de Falls Road et protestants de Shankill road
ont peint des fresques murales pour exprimer leurs convictions respectives. Dans ces deux quartiers ouvriers, des dizaines de maisons affichent clairement opinions politiques ou affiliations
paramilitaires. Le tout est voisin d’un ancien bâtiment administratif qui a péri dans un incendie involontaire, laissant ainsi une vision post-apocalyptique de cette partie de la ville. Signalons
au passage que ce quartier peut être visité grâce aux Black cabs, taxis proposant des tours de la ville, commentaires à l’appuie pour la modique somme de 5£ par tête.


Belfast traîtresse, Belfast meurtrie, Belfast handicapée, on peut en penser ce que l’on veut, mais les rancoeurs du passé sont de nos jours presque effacées, laissant place à une jeunesse
pleine d’espoir et allant de l’avant.

